Au voleur !

17 12 2009

Hier, ProjetJ rapportait qu’une étude commandée par le « Fair Syndication Consortium » (qui regroupe 1500 médias sous la propriété d’Attributor) avait finalement réussi à quantifier la réutilisation, bien évidemment illégale souligne l’auteur, de contenu produit par les journaux. Aussi, selon la même étude, ce sont des réseaux publicitaires comme Google et Yahoo! qui sont les grands gagnants (grand méchants?) de cette histoire. Autre preuve que les Rupert Murdoch de ce monde ont raisons de vouloir la peau du géant de Mountain View ! Personnellement, je n’embarque pas. En jetant un coup d’oeil rapide, il y a plusieurs points qui me dérangent et qui me poussent à questionner les prémisses de base, la méthodologie, et les conclusions.

1 — D’abord, à propos de la copie d’articles.
Les critères utilisés pour évaluer l’ampleur du « plagiat » sont quantitatif (+ de 80 %, — de 80 % ou moins de 125 mots). Il est vrai que compter le nombre de mots pour savoir quel pourcentage de l’article est accessible n’est pas inhabituel. Cependant, il s’agit d’une mesure fallacieuse parce qu’il est possible de résumer le contenu d’un article en quelques phrases. Un résumé pourrait (théoriquement) être aussi « dommageable » que la recopie intégrale de l’article. De plus, on considère implicitement qu’il est aussi répréhensible de publier le titre d’un article, un extrait ou de l’article au complet ce qui est complètement ridicule. J’imagine que c’est ce qui est avancé par les auteurs lorsqu’ils affirment que tous les articles ont au moins été utilisés 4,4 fois en tout ou en partie. Cependant, lorsque l’on examine plus sérieusement les chiffres, il appert que seulement 18 % des articles identifiés ont été recopiés intégralement. Oui, cela représente plus de 100 000 articles et il s’agit là d’un problème, mais le problème est d’un autre ordre.

Ensuite, il n’y a aucune mention de la notion de « faire use ». Il ne faut pas oublier qu’au-delà du droit d’auteur existe la liberté d’expression. Celle-ci est d’autant plus fondamentale lorsque l’on parle d’information d’intérêt public. Considérer automatiquement que la republication d’un article en tout ou en partie est un acte illégal est réducteur et, à mon sens, très dangereux. Finalement, il n’y a aucune mention de l’usage de liens ou de trafic généré par ladite recopie. Si l’extrait d’un article incite les internautes à se rendre sur le site de l’auteur, il est très difficile qu’il y ait eu un « vol ». Or, le rapport ne contient aucune information à ce sujet. Le titre, un extrait ou l’article se trouve sur un site sans licence ? C’est du vol! Généralement, les choses ne sont jamais aussi claires que cela.

2 — Ensuite, en ce qui concerne les sites qui réutilisent le contenu des journaux.
On affirme que 38 % de ces sites appartiennent aux 100 000 obtenant le plus de trafic sur Internet et que 10 % sont des blogues. Or, en plus de ne pas fournir la liste, ils ne font aucune distinction entre le type de service offert par ces sites Internet. Ont-ils comptabilisé Facebook, Digg ou Del.icio.us? Aucune idée. Quelle est leur mission première ? Il manque beaucoup d’informations à ce sujet. Cependant, j’imagine que cela importe peu aux auteurs de l’étude puisqu’ils devaient vouloir surtout obtenir un gros nombre comme outil rhétorique.

3 — Finalement, en ce qui concerne la publicité.
Encore ici, l’usage de raccourcis est flagrant. Comment ont-ils procédé à l’évaluation des stratégies de monétisation? En identifiant le réseau publicitaire et en effectuant une simple opération arithmétique : l’addition. Or, pour pouvoir évaluer réellement l’ampleur de la « perte » subie par les journaux plus de granularité aurait été nécessaire. D’abord, il aurait été utile de savoir quel modèle publicitaire était utilisé : CPM (Coût par mille — impressions) ou CPC (coût par clic). Traditionnellement, les journaux fonctionnent avec les deux modèles tandis que les blogues (plus dépendants de Google) se contentent du CPC. Qu’est-ce que cela veut dire? Que si les internautes ne cliquent pas sur les publicités présentées en marge du contenu, les « voleurs » ne reçoivent rien. Dans une telle situation, à combien se chiffre le « vol »? 0 $. Et c’est qu’ici qu’en oeuvre la deuxième variable : la qualité de l’inventaire publicitaire. Google ne publie pas les mêmes publicités sur les mêmes sites. Oui, il effectue une analyse du contenu et tente de présenter des publicités « contextuelles », mais la compagnie procède aussi à l’évaluation des sites. Si un site reçoit des publicités de moindre qualité, il générera moins de clics. Par conséquent, dire que 53 % des sites « monétisent » le vol grâce aux publicités de Google ne veut absolument rien dire.

Quantifier le « vol » de contenu en ligne est important. Cependant, il faut le faire avec beaucoup plus de souci que l’on fait ces auteurs. De plus, pour l’instant, je ne suis pas sûr qu’essayer de faire un « crack Down » du Web soit nécessairement la solution à tous les problèmes des éditeurs….





Plus rien n’est égal par ailleurs

16 11 2009

Alors, voilà, c’est déjà fini. La classe journalistique québécoise, réunie à Sherbrooke, est retournée chez elle après avoir discuté pendant trois jours de la « Sortie de crise ». A-t-elle trouvé des idées aussi intéressantes et salvatrices que le promettait le thème du congrès ? Personnellement, j’en doute. Deux conférences et une plénière portaient spécifiquement sur cette question et les mêmes propos ont été tenus lors des ces trois séances : « le modèle est cassé, il faut tester de nouvelles choses », « la solution existe surement, mais nous ne l’avons pas encore trouvée », « les nouvelles sont importantes et elles méritent d’êtres sauvées », « il faut que les gens se mettent à payer, mais ils semblent voir pas voir de valeur à ce que l’on fait », etc. Bref, rien de bien nouveau. Rien de particulièrement différent de ce qui se dit partout à travers le monde depuis au moins deux ans.

Malgré tout, ce congrès n’a pas été complètement inutile. Prendre le pouls de la profession, parler avec de jeunes journalistes et regarder plusieurs de nos professionnels de l’information se déhancher sur la piste de danse des marches du palais avec beaucoup moins de talent qu’ils en démontrent lorsqu’ils livrent leurs reportages n’est pas sans valeur. Non, je n’ai pas de photos. D’ailleurs, je ne suis pas sûr que faire chanter un journaliste soit une bonne idée… Blague à part, s’il y a une chose qui m’a étonné, c’est de la rigidité des journalistes au niveau professionnel : malgré leurs souhaits, les journalistes sont réfractaires aux changements, ils sont excessivement rigides. Le trois quarts des interventions portent sur le comment plutôt que sur le quoi. Je m’explique.

Après avoir écouté leurs interventions et discussions pendant plusieurs jours, il me semble que le présupposé sur lequel l’on opère est similaire à ce vieil axiome tiré de la modélisation économique : ceteris paribus; toutes choses étant égales par ailleurs. Ainsi, consciemment ou non, ils ne cherchent pas le changement, ils cherchent à voir comment d’anciennes manières de faire peuvent être rentabilisées dans un nouvel environnement : toutes choses étant égales par ailleurs, comment allons-nous faire pour rejoindre ces nouveaux publics? Toutes choses étant égales par ailleurs, comment allons-nous utiliser ce nouveau canal de communication pour que nos contenus soient consommés davantage? Toutes choses étant égales par ailleurs… Or, bien qu’il soit encore difficile de comprendre la nature et l’impact engendrés par les nouveaux médias, il est indéniable que ces derniers amènent des changements considérables; plus rien n’est égal par ailleurs. Il se peut fort bien que les anciens modes de cueillette et de diffusion de l’information soient devenus inadéquats. Cependant, c’est justement sur ces manières de faire que les journalistes sont particulièrement frileux.

Marshall McLuhan disait que nous avons trop souvent tendance à regarder vers l’avant à travers le rétroviseur (McLuhan, 2003). Bien que son œuvre soit souvent critiquée, sur ce point le gourou n’a pas tort, car comme nous l’enseigne la psychologie cognitive nous possédons des schèmes, des modèles de situation et des comportements, des scripts que nous utilisions pour savoir comment agir et réagir dans différents contextes. La conséquence est que nous appliquons d’anciennes manières de faire dans de nouvelles situations. Ce n’est que lorsque ces dernières deviennent inopérantes que nous cherchons de nouvelles solutions (Tijus, 2001). Ceci est aussi vrai pour des problèmes vécus dans notre quotidien que pour des domaines précis comme le journalisme. Cependant, cela ne devrait pas nous empêcher de tenter de le faire. De toutes les interventions, seule celle d’André Caron était novatrice. Il y exposait une nouvelle manière de voir le rapport entre le public et les médias grâce au raccourci « T.I.M.E ». Les différentes caractéristiques identifiées par le professeur sont matière à réflexion, car elles forcent les « producteurs » de contenus à considérer comment leurs futurs consommateurs (les jeunes de 18-25 ans) s’approprient leur contenu, l’utilisent, l’échangent, etc.

À mon sens, la transition des médias analogiques vers les médias digitaux est un moment opportun pour se poser des questions beaucoup plus fondamentales. Cependant, à en croire les études et rapports portant sur l’interactivité et l’ajustement des médias aux nouvelles technologies de l’information et des communications, les organisations les plus « avancées » seraient celles qui proposent le plus grand nombre de fonctionnalités comme la possibilité de faire des commentaires, de lire les articles les plus lus ou de partager un texte sur Facebook ou Twitter (Bivings Group, 2008; Spyridou & Veglis, 2008). Bref, l’adaptation web se fait par l’ajout de fonctionnalités qui, essentiellement, visent l’expérience d’utilisation du site d’informations plutôt que l’expérience de consommation (compréhension?) de la nouvelle. Regardons nos médias et nous verrons qu’ils s’inscrivent clairement dans cette tendance : les journaux publient leurs articles en ligne, les télédiffuseurs, leurs vidéos, et les radios, leurs émissions un peu comme ils le feraient traditionnellement; l’adaptation se fait en marge de ce contenu.

Certains diront que cette critique est facile et que la persistance de vieilles habitudes ne devrait pas surprendre, ni être dénoncée, car nous ne connaissons les nouvelles et le journalisme qu’à travers ses « incarnations précédentes » que son le journal, la radio et la télé. Il est donc difficile d’imaginer comment cette activité pourrait être réalisée autrement et mieux intégrée avec les nouvelles pratiques en émergence. Eh bien, justement! Pourquoi n’essayons-nous pas de penser au journalisme du futur sans nous baser sur le journalisme du passé? Cet exercice est périlleux et peut sembler futile, trop large. Par conséquent, je propose une analogie qui servira à guider cette démarche. Pensons à la transition de l’analogique au digital comme une adaptation cinématographique.

En effet, lorsque l’on adapte une oeuvre au cinéma, l’on n’essaie pas de faire une copie conforme de l’oeuvre originale. Les meilleures adaptations sont celles qui réussissent à cerner l’« essence » de l’oeuvre et à la réarticuler de manière convaincante à travers les « codes » du nouveau médium. M. Caron a déjà identifié certains changements découlant de l’usage de ces nouveaux codes. Il ne resterait qu’à les préciser et à identifier ce que constitue l’« essence » du journalisme. À quoi sert le journalisme? Que sont les nouvelles? Je ne parle pas ici de procédures (cueillette, présentation d’informations) ou des externalités positives (« punir les coquins »), mais de ce à quoi sert le journalisme. Qu’est-ce qui rend le journalisme absolument indispensable au fonctionnement de notre société? Il nous faut une définition qui inclut toutes les formes de nouvelles. J’ai moi-même quelques idées que j’exposerai dans d’autres billets. Cependant, j’aimerais avoir votre opinion auparavant.





Prendre de la merde et en faire du fumier pour nourrir les fleurs de la démocratie

6 11 2009

Hier, j’avais écrit un billet en réaction à la chronique d’Yves Boisvert dans laquelle il s’en prenait aux gérants d’estrade. Par contre, je trouvais déplorable que les seuls « faits d’armes » servant à légitimer leur travail étaient d’avoir révélé des scandales. Personnellement, je ne trouve pas que nous devrions être fiers d’êtres des « brasseurs de marde ». Bref, même si je ne remets pas en cause le travail des journalistes tel que le présente Boisvert, je considère que peu importe qui a raison, le public (et par extension la démocratie), lui, est perdant. Mettre à jour des scandales n’est qu’une partie du travail à faire; faire des synthèses, contextualiser, présenter des solutions possibles font partie de celle qui est trop souvent oubliée. Une amie et ancienne collègue de classe a pris le temps de répondre à mon texte. Je lui ai répondu dans la section des commentaires. Cependant, la réaction épidermique que la lecture de mon texte avait suscitée me laisse croire que le ton de mon texte a peut-être masqué le fond de mon propos. Ne voulant pas faire un Falardeau de moi-même, je prends donc le temps d’y revenir, de mieux esquisser ma critique et de proposer quelques pistes de réflexion. Lisez la suite de cette entrée »





Les gérants d’estrades contre les brasseurs de merde

4 11 2009

Alors, le texte de Boisvert contre les détracteurs de la Presse a fait jaser aujourd’hui. Bien qu’un ami m’en ait glissé un mot à l’heure du lunch, je ne l’avais pas lu jusqu’à ce soir et, par conséquent, ne sais pas trop ce qui s’est dit sur le sujet. Je ne veux pas remettre en question du travail journalistique dont parle Boisvert. Cependant, je sais que ne suis pas du tout d’accord avec sa défense et la conclusion implicite : « chialez tant que vous voudrez, au moins on fait avancer les choses en “dénonçant les coquins”! Pis si les gens n’ont pas été voter, ce n’est pas de notre faute! On leur a dit ce qu’ils devaient savoir! »

Eh bien, non, justement, il se peut que s’ils ne sont pas allés voter, ce soit peut-être de votre faute, de celle de vos collègues, et de votre « acharnement » collectif. Lisez la suite de cette entrée »





Retour en affaires

22 09 2009

Force est de constater que je ne suis pas un blogueur assidu. Un de mes problèmes doit être que je passe tellement de temps à ruminer des idées que , lorsque je suis prêt à écrire, le moment est déjà passé et je n’ai pas ajouté de ma perspective à la conversation ! J’ai donc décidé de changer les choses et de me mettre à blogueur avec un peu plus d’entrain et de rigueur… pour deux semaines !

Blague à part, une autre raison pour laquelle je ne prend pas le temps d’alimenter ce blogue est que, d’habitude, je préfère publier quelque chose de complet et, si possible, de nouveau. Ceci qui requiert un temps considérable. Un temps que je n’ai pas. Par conséquent, j’ai décidé de transformer cet espace en lieu de réflexion un peu plus ouvert. Il y aura certains analyses plus poussées, plus complètes. Cependant, ces dernières se trouveront sous la catégorie très originale nommée « Analyses ». Les autres seront saupoudrées allègrement d’autres métatags et étiquettes selon le sujet du moment. Aussi, plutôt qu’être jaloux de mes idées jusqu’à temps qu’elles soient prêtes à être exposées. Je m’ouvre un peu plus à vous et à vos commentaires, qui que vous soyez. Au plaisir de discuter avec vous !





Les nouveaux souverains

27 02 2009

Aujourd’hui, Facebook tente de devenir plus démocratique. Cette décision est la conséquence d’une énième bourde de la part de la jeune compagnie.  Personnellement, la tournure des événements ne surprend pas : selon moi, les plateformes ne devaient être considérées comme des « services » associés à des conditions d’utilisation restrictives, mais plutôt à des « territoires » où les utilisateurs-citoyens s’expriment et agissent. Mine de rien, les compagnies ne font que fournir le cadre, toute la « richesse »  (les interactions et le contenu) est le fruit des actions des utilisateurs. Ils peuvent donc légitimement sentir que le fruit de leur travail leur appartient.

Dans un billet écrit sur le blogue du cours d’économie numérique de HEC Montréal, j’arguais justement que sans nécessairement se rendre jusqu’à l’ouverture totale, les compagnies devaient reconnaître qu’elles devaient sembler être « justes ». D’ailleurs, pour savoir comment agir, elles ne peuvent plus se fier aux anciennes manières de faire, mais se tourner vers d’autres disciplines pour obtenir des réponses. Par exemple, la science politique.

Je lève toutefois mon chapeau à Facebook pour avoir été aussi loin. Traditionnellement, les compagnies privées étant réticentes à s’ouvrir, selon moi, s’assurer d’être un bon souverain plutôt qu’un tyran est déjà un pas dans la bonne direction. Facebook, fais le pas supplémentaire et, d’une certaine manière, se rapproche d’une philosophie 2.0 de cocréation. Je souhaite la meilleure des chances à la compagnie. Espérons qu’elle saura développer une bonne relation avec ses membres et que plus de transparence n’empêchera pas la compagnie de prendre des décisions d’affaires impopulaires, mais nécessaires…





La radio annonce, la télé illustre, le journal met en perspective… et le web ?

11 01 2009

Par Alexandre Cayla

Comme je l’expliquais dans deux de mes derniers billets, le journalisme est tout une fonction (topographier la société humaine) qui prend différentes formes selon le support sur laquelle elle est exercée (la radio annonce, la télévision illustre, le journal met en perspective, par exemple). Ainsi, pour éviter de cannibaliser leur production (j’arrête d’acheter le journal puisque j’ai la même nouvelle en ligne) les organes de presse doivent identifier les forces et les faiblesses de chaque médium et élaborer une stratégie holistique au sein de laquelle chaque support présente de manière différente l’information sur un même sujet/événement. Comme la radio, la télé et les journaux existent depuis longtemps et que leurs « codes » sont déjà bien établis et compris, je me concentrerai sur les caractéristiques intrinsèques au Web.

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Des idées pour le futur

7 01 2009

Howord Rheingold donne cet hiver un cours à Stanford sur le digital journalism. Pour le plus grand plaisir du reste de la planète, il est possible d’avoir accès à la page wiki du cours. On y trouve des idées très intéressantes. Mes préférées ? Le computational journalism et crash course. Ça se passe par ici.





Les 4 défis du journalisme web – 2e partie

6 01 2009

Par Alexandre Cayla

Ce billet est la seconde partie du texte sur les 4 défis du journalisme web. Dans la première partie, les deux défis sont : éviter les débats inutiles et ne pas confondre la forme (support) et la fonction journalistique. Elle se trouve ici.

Troisième défi : retrouver l’essence du journalisme

Lorsque les gens s’informent, ils veulent avoir de l’information sur des événements récents ou futurs qui sont susceptibles de les toucher. De là découle le mythe du journaliste comme « témoin professionnel » : tous ceux qui ne peuvent être présents s’informeront par son entremise. Toutefois, le journaliste n’est pas une simple « courroie de transmission », un simple relais humain plutôt que technologique : il fait le tri de tous les événements et ne rapporte que ceux revêtant une signification particulière pour son public cible. Dit autrement, si l’on considère que la société est un lieu qui se construit au travers les interactions entre ses membres et des événements, le rôle du journaliste serait de topographier l’évolution de la société humaine (d’ailleurs, ne dit-on pas que les conventions sociales sont des « limites » qui sont parfois « redessinées »  par la nouvelle génération ou par des événements particuliers ?).

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Les 4 défis du journalisme web – 1ere partie

6 01 2009

Par Alexandre Cayla

MÀJ : Pour les lecteurs tenaces et courageux, à la fin de la deuxième partie se trouve un commentaire de Collete Brin de ProjetJ ainsi que ma réponse. C’est ici.

Aujourd’hui, dire que le secteur des médias d’information (et, plus particulièrement, celui de la presse écrite) va mal est presque devenu un truisme; fragmentation du public, baisse des revenus publicitaires, déplacement des petites annonces vers de sites spécialisés, comme LesPac, Craigslists ou Kijiji, les sources de ses maux sont nombreuses. Cependant, le véritable fléau qui afflige le secteur n’est pas externe, mais plutôt interne : le manque de vision.

Je concède que cet avis est un peu raide, car le manque de vision des leaders et des chercheurs de l’industrie n’est certainement pas responsable de tous les problèmes qui accablent le secteur. Toutefois, comme Internet est là pour de bon, les sources du problème importent moins que la capacité des organisations médiatiques à les gérer. Voici donc les quelques défis que devront relevés par les acteurs du milieu de la presse.
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