Par Alexandre Cayla
L’augmentation du nombre d’internautes jumelée à l’augmentation du nombre d’heures passées devant un écran d’ordinateur a incité les organes de presse à migrer vers le cyberespace. Sans surprise, comme les règles prévalant sur Internet diffèrent grandement de celles auxquelles ils étaient habitués, ces derniers sont à la recherche de nouveaux modèles d’affaires.
Un des problèmes est que les organisations journalistiques se sont habituées à produire des nouvelles similaires. Comme ils avaient des marchés différents, cela ne posait aucun problème. Toutefois, sur Internet, la géographie n’est plus un enjeu et le manque de différenciation fait en sorte que, pour le consommateur de nouvelles, les articles d’une organisation se substituent parfaitement à ceux d’une autre; il ira donc vers celle qui l’informera à moindre coût c’est-à-dire gratuitement
Dans ce nouveau système où la propension à payer est très faible chez les consommateurs, la dépendance aux revenus publicitaires est encore plus forte. Donc, pour augmenter ses revenus, une stratégie est d’augmenter la cadence de production et de s’imposer comme le premier fournisseur de nouvelles en ligne. C’est notamment la stratégie de « cyberpresse ». Il s’agit d’une stratégie reposant sur le capital économique et qui, par conséquent, n’est pas accessible à tous. Par contre, ce modèle repose toujours sur une dynamique producteur-consommateur unidirectionnelle; une stratégie de l’offre où le seul rôle du consommateur est de choisir ce qui lui plaît.
Or, la nature d’Internet est avant tout bidirectionnelle et instantanée : plus besoin de viser des publics imaginaires, il est possible de savoir ce que les lecteurs aiment instantanément et même de solliciter leur participation. Théoriquement, une organisation exploitant les nouvelles possibilités offertes par le médium entrerait plutôt dans une logique de répondre à la demande de nouvelles. Les lecteurs, maintenant parties prenantes, seraient appelés à commenter, à donner des pistes et des informations, à suggérer des sujets d’articles et même à en écrire. La relation entre les consommateurs et le producteur est plus forte, ce qui contribue à une fidélisation et à une identification accrue chez les participants; pour le lecteur, lire ce journal, commenter et y écrire, c’est faire partie d’une communauté. On peut dire qu’il s’agit d’une stratégie du capital social adoptée par le journal coréen OhmyNews. D’ailleurs, comme c’est le cas du journal coréen, une partie des revenus peuvent provenir de contributions volontaires (300 000 $ US en 2004 pour OhmyNews) sans que cela compromette la possibilité de faire des profits; dans la mesure où cet objectif n’est pas la finalité de l’organisation.
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