Par Alexandre Cayla
Comme je l’expliquais dans deux de mes derniers billets, le journalisme est tout une fonction (topographier la société humaine) qui prend différentes formes selon le support sur laquelle elle est exercée (la radio annonce, la télévision illustre, le journal met en perspective, par exemple). Ainsi, pour éviter de cannibaliser leur production (j’arrête d’acheter le journal puisque j’ai la même nouvelle en ligne) les organes de presse doivent identifier les forces et les faiblesses de chaque médium et élaborer une stratégie holistique au sein de laquelle chaque support présente de manière différente l’information sur un même sujet/événement. Comme la radio, la télé et les journaux existent depuis longtemps et que leurs « codes » sont déjà bien établis et compris, je me concentrerai sur les caractéristiques intrinsèques au Web.
Le temps
Le premier exemple est une nouvelle organisation qui vient d’ouvrir ses portes (vendredi !), GlobalPost.com. Ce qui est particulièrement intéressant de cette nouvelle initiative est sa structure (70 correspondants à travers le monde qui résident dans les pays) et le rapport au temps dans la production et la diffusion de nouvelles. En effet, on dit souvent que le temps qui existe dans l’industrie de l’information est celui du « BREAKING NEWS ! ». Aussi bien dire que le seul temps, c’est maintenant. Or, ce n’est le seul temps. Par exemple, Global Post oblige ses correspondants à ne produire qu’un très faible nombre de nouvelles par mois (4 ou 5) et elles ne doivent pas dépasser 800 mots. Or, en plus de ces articles de fond, les journalistes devront alimente un « carnet de journliste » sur les derniers développements dans un pays ainsi que les « histoires » qu’ils suivent au jour le jour. Voici une présentation de la compagnie par son idéateur.
Ce qui est particulièrement intéressant est le fait qu’il y a deux temps parallèles : celui de la nouvelle et celui des carnets des pays. L’internaute peut naviguer d’une section à l’autre. Cependant, la leçon la plus importante est qu’il n’est plus possible de penser le produit du travail journalistique comme un produit fini, car c’est l’internaute qui choisi son parcours. Après avoir vu le clip d’une minute et demi, il est possible que l’internaute plonge dans les différentes analyses et les archives sur le même sujet. Dans le cas de Global Post, il n’y a que deux « temps ». Cependant, il est possible d’en avoir beaucoup plus.
Finalement, présentant des « ébauches » de nouvelles, les journalistes peuvent bénéficier des effets reliés aux nouvelles en tant que processus. En effet, les carnets permettent une forme de liberté aux journalistes. Les dernières trouvailles, des débuts d’histoires, des éléments d’informations dénichés. Tous ces éléments peuvent être partagés sur cette page. Dans la mesure où le site permet une certaine interaction, il sera possible pour les journalistes de bénéficier des updates et de « filons » suggérés par des internautes.
L’espace
Le coût de stockage d’informations est très faible en informatique de même que le coût d’affichage. Par conséquent, les limites d’espace (nombre de minutes limité par émission ou de caractères par page) sont obsolètes. Les organisations médiatiques ont donc tout intérêt à chercher à bénéficier de la longue traine en ramassant leur contenu en un lieu, en créant des sections dédiées (comme cet exemple du New York Times) et en produisant des contenus de longueur différente pour chaque histoire. Idéalement, ceci se fait en réultilisant/s’inspirant d’articles ou de contenu déjà existant pour minimiser les coûts. On peut aussi penser à l’idée de redirection et de filtrage dont je parlais dans mon avant dernier billet. Comme l’espace ne coûte rien, il est possible de créer des pages qui rassemble l’ensemble des ressources disponibles en ligne sur une question. Tout ceci implique une meilleure utilisation des archives et du capital de connaissances qui se trouve au sein de l’organisation de presse.
Du côté utilisateur, l’espace peut avoir des implications intéressantes. Par exemple, en leur permettant de jouer avec le contenu, de se faire des listes de préféres, des dossiers de presse sur des sujets, etc (comme le TimesPeople). À la délicious ou à la flikr, il serait possible de partager le résultat de ce travail. Les meilleurs « patch works» pourraient même être repris les journaux. À terme, ces entreprises pourraient même de mettre de l’avant un modèle de revenu « freemium ».
La malléabilité de l’information
L’autre caractéristique du médium est que l’information peut être séparée du contenu et être présentée sous différentes formes. Le meilleur exemple est le contenu de ce billet. Il peut être lu directement sur ce blogue ou dans un lecteur RSS. Aussi, comme fondamentalement, il s’agit de 0 et de 1, il est possible d’effectuer des manipulations et d’analyser le contenu. Par exemple, faire une analyse lexicale et regrouper l’ensemble des textes traitant d’une même question. Voici quelques exemples de manipulations intéressantes.
Les informations brutes sont encore plus « maléables ». Par exemple, les agents immobiliers Re/Max ont utilisé le logiciel Google Earth pour géolocaliser leurs offres. Diretcment dans le domaine du journalisme, le New York Times a compris ce déplacement et est en train de développer plusieurs API pour des développeurs externes. Les deux plus intéressantes sont : Reprensent (permet aux citoyens de New York de suivre leurs représentants municipaux) et Congress (suit les votes de chaque élu du 111e Congrès américain). L’organisation qui produit ces informations est triple. D’abord, si elle essai de se réinventer comme une plateforme, les utilisateurs de celle-ci ont beaucoup plus de marge de manoeuvre pour inventer. Ensuite, l’organisation peut voir de quelle manière sont utilisés ces informations et le reproduire sur leur propre site. Finalement, il est possible de faire plusieurs versions de ce flot d’informations et faire payer pour ceux qui sont plus « complets ».
À venir, la navigation…
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