Les gérants d’estrades contre les brasseurs de merde

4 11 2009

Alors, le texte de Boisvert contre les détracteurs de la Presse a fait jaser aujourd’hui. Bien qu’un ami m’en ait glissé un mot à l’heure du lunch, je ne l’avais pas lu jusqu’à ce soir et, par conséquent, ne sais pas trop ce qui s’est dit sur le sujet. Je ne veux pas remettre en question du travail journalistique dont parle Boisvert. Cependant, je sais que ne suis pas du tout d’accord avec sa défense et la conclusion implicite : « chialez tant que vous voudrez, au moins on fait avancer les choses en “dénonçant les coquins”! Pis si les gens n’ont pas été voter, ce n’est pas de notre faute! On leur a dit ce qu’ils devaient savoir! »

Eh bien, non, justement, il se peut que s’ils ne sont pas allés voter, ce soit peut-être de votre faute, de celle de vos collègues, et de votre « acharnement » collectif. Bon, je conviens que cette accusation est un peu grossière. Cependant, pour autant que je sache, bien que les journalistes soient des « chiens de garde », leur première tâche est d’informer, pas de dégoûter, leur public. Exposer les malversations, certes, mais aussi exposer les solutions possibles. Ainsi, présenter le fait de pousser les autorités à faire des enquêtes et des rapports accablants ou de publier des révélations qui font qu’un maire soit obligé de virer ses numéros 1 et 2 en pleine campagne comme des faits d’armes témoigne d’une sévère incompréhension du rôle du journalisme. Ou, du moins de ses conséquences.

Je me souviens encore de mon cours de psychologie politique lors duquel le professeur nous présentait les différentes théories expliquant comment les électeurs faisaient leurs choix. Oh! Surprise! Très souvent, l’électeur n’était pas « rationnel », comme on le présente si souvent! Il usait plutôt de différentes stratégies comme la « triangulation », j’ai le candidat x et ce dernier aime la proposition y, donc je devrais aimer la proposition y. Cela ne veut pas dire qu’il usait seulement de cette stratégie pour faire son choix, mais plutôt que de telles stratégies étaient des « aides à la décision ». Cependant, ce qui m’avait marqué davantage portait sur la formation de l’opinion. Très souvent, un électeur oubliait la (ou les) raisons spécifiques pour laquelle il épousait une position plutôt qu’une autre. Lorsque venait le temps de se comment agir, il parcourait sa mémoire et en retrouvait les grands traits et faisait son choix en conséquence; rien de systématique ou exhaustif. Pour faire image, si le cerveau de l’électeur est une soupe. Lorsque ce dernier en vient pour faire un choix, il la brasse un peu. En se basant sur les morceaux qui remontent à la surface, il détermine ce qu’il fera.

Revenons un instant sur la couverture des différents scandales. Quelle proportion de cette couverture était dédiée à des détails scabreux par rapport aux explications et aux solutions? A-t-0n nuancer suffisamment entre les « crimes » des candidats? Qui est plus propre, pourquoi? Sont-ils dignes de confiance? Y-a-t-il des contradictions dans leurs discours? Entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font? Et leurs solutions, sont-elles bonnes, suffisantes? Lorsque les trois quarts des morceaux que l’on donne à nos lecteurs ne portent que sur des enveloppes brunes et sur le passé trouble d’un tel ou d’un autre, devrait-on s’étonner que lorsqu’ils brassent leur soupe, il ne leur vient à l’esprit que des odeurs putrides qui les poussent à fuir la politique? Ou à un relativisme douteux du genre « Devil you know » contre le « Devil you don’t ». Expression d’ailleurs reprise par une chroniqueuse de son propre journal! Bien sûr que non, et ce n’est surement pas un éditorial en fin de campagne électorale qui donnera à ce bouillon une odeur plus attrayante.

Tous les journalistes qui ont déterré ces scandales ont fait du très bon travail, du travail important, mais ils ne l’on fait qu’à moitié… Alors, arrêtez de vous péter les bretelles et retournez au travail!


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2 réponses

5 11 2009
Laura

Alex,

Je ne peux pas m’empêcher de réagir à des détails de ton texte (tès bien écrit d’ailleurs), qui me fonsourciller. Résidant aux Philippines, je peux difficilement juger de la réaction des médias québécois en général lors de la campagne, mais étant une lectrice assidue de cyberpresse, je me sens dans l’obligation de rectifier ton tir par rapport au texte d’Yves Boisvert.

Tu fais dire au journaliste : “Pis si les gens n’ont pas été voter, ce n’est pas de notre faute! On leur a dit ce qu’ils devaient savoir!”. Cette phrase est, selon moi, beaucoup moins qu’implicite. Même que, après plusieurs lectures du texte, j’affirme que Boisvert ne s’aventure pas sur le difficile chemin du taux de participation. Il se contente d’affirmer que de tirer sur le messager est un acte extrêmement douteux, et répandu.

De plus, je dois remettre en question les rôles que tu donnes aux journalistes. S’assurer d’un certain taux de participation, ainsi que de proposer des solutions aux scandales mit à jour. Je crois qu’il y a ici un glissement entre le rôle du politicien et du journaliste.

Le taux de participation est un phénomène beaucoup plus complexe, dont l’étude doit aller au-delà des articles de journaux publiés en période électorale. Je crois qu’il est extrêmement simpliste d’affirmer que les “pas fins reporters” font peur aux électeurs. Ce raisonnement tend vers l’infantilisation du citoyen, comme s’il ne pouvait faire face à une ou deux mauvaises nouvelles, et qu’il n’irait voter que si le monde était mauve bonbon et bourré de pouliches.

Pour leur rôle de proposer des solutions, je crois qu’ici, clairement, c’est le devoir de l’élu et de son entourage spécialisé. La création de politiques publiques demande une expertise dont je doute fortement qui soit maîtrisée par les journalistes. Souvent, ils ne sont que superficiellement informé de la situation, ne connaissant que ce qui est nécessaire pour la rédaction de l’article. N’est-pas la qualité première d’un journaliste, de tout connaître, ce qui entraîne une grande connaissance générale, mais toujours en surface?

De plus, un journal n’est pas un conte de féé. Pourquoi chaque article devrait se terminer en disant “Ne t’inquiète, Boisvert devant toi à une idée pour tout régler”. Il existe des actes dégoutants, et ils doivent être relayés comme tel, c’est tout. L’arc-en-ciel est parfois très loin, et je doute que ce soit au journaliste de systématiquement aller le rejoindre.

Bref, quand la réalité est de la merde, un bon journaliste est un brasseur de merde.

5 11 2009
Alexandre Cayla

Merci Laura pour ton commentaire ! Effectivement, je me suis laissé un peu aller avec l’implicite. Par contre, j’ai trop l’impression qu’il se dédouane, c’est vrai que c’est un pas que je n’aurais peut-être pas dû faire. Je le corrige à l’instant.

Pour le reste, les médias ont un très gros pouvoir et ceci est encore plus vrai pour les grandes organisations de presse qui ont un très grand public : ils peuvent cadrer les événements. Ceci se fait d’ailleurs à la fois par le choix des termes et la couverture des sujets. De plus, ils exercent un contrôle sur ce qu’ils rapportent. Les propos de qui et qu’est-ce qu’ils disent. C’est là que certaines nuances peuvent se perdre.

À mon souvenir, Louise Harel était surtout coupable par association jusqu’à ce que Labonté dise quelque chose comme : « pis Louise elle le fait itou!». Par contre, Tremblay avait plusieurs scandales, des enquêtes, etc. Sauf que dans la tourmente, tout ce qui est ressorti c’est : elle aussi elle est sale. Est-ce vrai ? Peut-être, mais j’aurais aimé avoir plus de critères de comparaison. J’aurais aussi en savoir plus sur sa dite campagne propre. Est-ce que ces affirmations sont vraies ? Est-ce que celles de Labonté le sont ? Il me semble que ce n’est pas trop compliqué de le vérifier : est-ce qu’il y a eu des cocktails de financement avec des tables de 8 personnes à 250 $ le billet ? Si oui, combien ça a rapporté ? Ça représente quel pourcentage des dépenses électorales de Vision ? Etc, etc. Si on rapporte qu’elle est peut-être sale, j’aimerais que le journaliste fasse son possible pour vérifier.

En gros, ce que je déplore, c’est le manque de contextualisation et c’est le manque d’information. Tout ce qu’on donne, ce sont surtout les détails scabreux. Parce que, dit-on, ça vend de la copie… Mouais, mais ça n’aide pas grand monde. Bref, ce n’est pas tant la mauvaise information que le manque d’informations utiles qui servent à la décision.

J’ai toujours cru que les gens s’activent lorsqu’ils voient qu’un choix est à faire. Qu’il faut trancher. Or, lorsqu’on rapporte de la merde sur l’un, sur l’autre et sur tout le monde. Quel choix reste-t-il ? Une personne sensée dirait : aucun. D’où le Devil you know vs le Devil you do…

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