Par Alexandre Cayla
Le journal collaboratif répond sensiblement aux mêmes besoins que le journal multimédia. De plus, il offre le même type de contenu (articles, chroniques, vidéos, etc.). En fait, la différence notable entre les deux types de sites d’information en ligne se situe plutôt au niveau de la production : tandis tout le contenu du journal multimédia est produit par des journalistes, le journal collaboratif est produit majoritairement par des citoyens. Évidemment, le recours à des journalistes amateurs plutôt que professionnels a un impact sur le type d’article qui sera produit. Par conséquent, même si l’on peut dire que le journal multimédia et le journal collaboratif se ressemblent sur la forme, ils diffèrent sur le fond.
Deux différences sautent aux yeux : d’abord, au niveau des sujets abordés, comme quiconque peut se faire publier et que les rédacteurs citoyens ont des centres d’intérêt souvent très différents, les sujets abordés sont beaucoup plus variés. Ensuite, même si les « journalistes-citoyens » doivent adhérer à code d’éthique journalistique, ils sont seuls responsables du contenu de leurs articles. On ne peut donc pas s’attendre à retrouver la même qualité sur l’ensemble du site Internet. D’ailleurs, plusieurs journaux collaboratifs, conscients de ce fait, effectuent une discrimination entre les articles de première qualité, endossés par l’organisation, et les autres.
Dans les faits, il existe plusieurs types de journaux collaboratifs : ceux qui sont produits à 100 % par des citoyens (comme la plateforme québécoise Centpapiers) ou des modèles hybrides (comme OhmyNews, un site d’information en ligne coréen) où des journalistes se chargent de couvrir les événements d’actualité importants (comme l’actualité politique ou économique) et les citoyens produisent des articles plus proches de leur quotidien. Toutefois, les implications économiques du modèle sont les mêmes pour les deux types d’organisation.
Implications économiques du modèle d’affaires
À l’heure actuelle, les entreprises traditionnelles dans l’industrie de la presse ont de la difficulté à faire leurs frais. Dans une telle situation, tout gestionnaire dira qu’il n’y a que deux options : augmenter les revenus ou réduire les dépenses. Sans équivoque, les journaux collaboratifs ont choisi la deuxième option.
En effet, contrairement aux journaux multimédia qui sont en fait des portails web d’organes de presse traditionnel (journaux, télé), le journal collaboratif est basé sur Internet. Par conséquent, ils n’ont pas à défrayer des coûts d’infrastructure de diffusion ou d’impression. Ensuite, comme la majorité des collaborateurs « travaillent » de chez eux, ces organisations n’ont pas besoin de beaucoup d’espace de bureau. Elles sont ce qu’on appelle des organisations virtuelles. Finalement, comme les articles sont produits par des bénévoles ou des pigistes, les coûts de production du contenu sont minimes.
Le cas du journal collaboratif coréen OhmyNews est un excellent exemple : malgré la petitesse de son personnel (60 personnes, dont 35 reporters), OhmyNews peut soutenir le rythme de grandes organisations de presse nationales en publiant de 150 à 200 articles par jour. Au départ, OhmyNews ne comptait que 727 collaborateurs, quatre ans plus tard, ils sont 34 000. Le journal est devenu rentable après 4 ans d’activité. L’investissement initial avait été de 80 000 $ tandis qu’aujourd’hui l’organisation génère des revenus de quelques millions. De plus, comme le journal est très impliqué dans la communauté, il jouit d’un très fort capital de sympathie. Ainsi, certaines personnes font même des donations au journal pour qu’il puisse poursuivre ses activités. En 2004, le journal avait recueilli 340 000 $ en contribution volontaires.
Pour une analyse plus approfondie du cas OhmyNews, lire Capitulation to capital? OhmyNews as alternative media de Eun-Gyoo Kim and James W. Hamilton dans Media Culture Society 2006; 28; 541
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