Le site Internet hyperlocal

18 05 2008

Par Alexandre Cayla

La logique sous-tendant le site hyperlocal diffère grandement de celle du journal multimédia, ou d’un journal en général. D’abord, au niveau de l’échelle : plutôt que de viser un marché national, il cherche plutôt à s’ancrer dans une communauté, dans des quartiers ou des villes. Ensuite, au niveau de l’offre : plutôt que de faire écrire des articles par des journalistes professionnels, il sollicite plutôt la participation de la communauté. En effet, la valeur d’un site d’information en ligne hyperlocal vient de sa capacité à répondre aux besoins et aux attentes de ses citoyens-lecteurs. Bref, s’éloignant du concept même de journal, le site hyperlocal s’inspire plutôt des sites de réseautage social et tend à organiser la communauté.

Toutefois, il ne faut pas confondre le site Internet hyperlocal et le journal collaboratif comme Centpapiers (100 % citoyen) ou OhmyNews (modèle hybride). Ces derniers sollicitent la participation des citoyens au niveau de la production d’articles. La finalité du travail effectué reste donc la même : rapporter des événements ou émettre des opinions. La grande différence qu’ils ont avec les organes de presse traditionnels est que comme ils ne discriminent pas au niveau des sujets abordés, ils permettent à des groupes marginaux de faire entendre leur voix. Le site Internet hyperlocal a une finalité différente : stimuler les échanges et faciliter l’organisation de la vie communautaire. Ainsi, dans ce modèle, les articles ne sont qu’une offre parmi tant d’autres.

Il y a donc plus de forums, de calendriers, les citoyens sont invités à rapporter des situations qu’ils ont vécu récemment et qui sont d’intérêt public. Il y a aussi beaucoup d’informations factuelles comme sur la collecte des ordures, sur les parties de hockey des différentes ligues dans le coin, par exemple. Des élus et des porte-parole locaux auraient aussi une place de premier plan et les citoyens pourraient échanger sur les questions abordées dans des forums. Finalement, comme les échanges entre citoyens sont encouragés la personnalisation serait de mise : plutôt que de rester anonymes, ces derniers seraient invités à se créer des profils et à donner de l’information sur leurs préférences et leurs intérêts. Ils peuvent recevoir des courriels avec du contenu les intéressant et des invitations à des événements, etc. De plus, après un certain temps, ils peuvent devenir eux-mêmes modérateurs. L’organisation, elle, s’efface et se concentre sur son rôle de modérateur et, à l’occasion de rédaction d’articles de fond.

Les sources de revenus
Encore une fois, la stratégie adoptée dans un site hyperlocal diffère de celle qu’adopterait un journal traditionnel : plutôt que de viser à augmenter ses revenus publicitaires en augmentant le nombre de visiteurs, il cherche à augmenter la valeur de chaque utilisateur. En effet, la création de profil et le fait que ses activités sont centrées géographiquement font en sorte qu’il est possible de tracer des portraits personnalisés de chaque utilisateur. Comme les probabilités d’achat sont plus hautes, les publicitaires seront prêts à payer plus. Parallèlement, les publicités locales et les petites annonces jouent une place centrale dans le modèle d’affaire pour les mêmes raisons : comme un commerçant peut s’attendre à de meilleurs rendements puisqu’il s’adresse à des résidents, il pourrait être prêt à payer plus.

Aussi, comme le site Internet hyperlocal est avant tout une plate-forme, il serait possible pour l’organisation de vendre des licences de ses logiciels ou même de lancer des sites similaires pour d’autres régions. Ainsi, elle augmenterait le territoire couvert et deviendrait plus intéressante aux yeux des annonceurs.De plus, comme, fondamentalement, le site hyperlocal cherche à permettre à ses utilisateurs de s’organiser, il pourrait faire payer certains groupes qui aimeraient avoir accès à des fonctions avancées comme des boîtes de courriels, des forums et des calendriers privés, ainsi que du soutien technique.

Il ne faut pas oublier que l’organisation qui gère le site Internet hyperlocal ne doit pas nécessairement être à but lucratif. Ainsi, elle peut chercher à se financer grâce au soutien de la communauté. Cette méthode de financement quelques avantages : les citoyens auront l’impression que le site Internet leur appartient, et comme l’organisme solliciterait directement les citoyens, il risque fort d’être plus à l’écoute et donc plus réceptive aux demandes de ses utilisateurs.