Table des matières
Jadis
Aujourd’hui
- Le modèle d’affaires
- Les nouveaux entrants
Demain
- Utiliser les portails et les engins de recherche
- Monnayer le contenu hors de son contenant
- La distribution à l’ère du Web
- Le nouveau journalisme
- Différents modèles
Conclusion
Introduction
La presse, contrairement à d’autres industries, à un rôle social intrinsèque. Son ascension au XIXe siècle est associée à la construction des États-nations, car elle permettait à des individus dispersés sur de grands territoires de s’informer sur les événements qui se déroulaient dans le pays, d’en discuter et d’agir. Pour plusieurs, lire le journal est un rituel, un acte qui permet à l’individu de se sentir « dans le coup ». De plus, même si les journaux se sont dépolitisés et adhèrent plutôt à une règle d’objectivité, ce ne sont pas les mêmes personnes qui liront La Presse, Le Devoir ou Le Journal de Montréal ou qui écouteront le Téléjounal, le TVA 22 h ou le Grand Journal avec Jean-Luc Mongrain. Bref, qu’on le veuille ou non, les entreprises médiatiques remplissent un rôle social de premier plan.
Par contre, il ne faut pas oublier que les organisations de presse sont aussi des entreprises et qu’elles doivent constamment tenter de joindre cet impératif social aux impératifs économiques. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on dit que l’industrie de la presse en est une de « double-produit » c’est-à-dire qu’elle vend de l’information aux lecteurs et des lecteurs aux annonceurs.
Aujourd’hui, le secteur est en crise : il fait face à un lectorat en déclin , les jeunes étant généralement davantage attirés par les médias électroniques; ce qui implique mois de lecteurs dans l’avenir. Cette transition ne se fait pas sans heurts puisque sur Internet, des médias anciennement distincts (radio, télé, presse écrite) se font directement compétition. De plus, la facilité d’accès au médium augmente le nombre de concurrents chez qui peuvent se rendre des lecteurs de plus en plus mobiles. À ceci s’ajoute le fait que, contrairement aux médias traditionnels, Internet est caractérisé par une interactivité qui engendre une fragmentation des habitudes de consommation : le consommateur, ne se rendra plus dans la section des petites annonces pour trouver des aubaines, il ira directement sur un site Internet spécialisé en la matière.
L’objectif de ce document est de répondre à une question pressante (pourquoi?) et de proposer des solutions. Pour ce faire, nous avons sélectionné quelques dimensions qui nous permettront d’effectuer des comparaisons entre « ères de production » (Jadis, Aujourd’hui, et Demain) et de tirer les conclusions qui s’imposent.
Jadis
Traditionnellement, les entreprises journalistiques sont caractérisées par de coûts fixes très élevés et des coûts marginaux très faibles. Ainsi, elles devaient rejoindre un vaste public pour assurer leur survie financière et un nombre restreint de joueurs pouvait opérer sur chaque marché. De plus, les coûts de distribution élevés et les délais serrés de distribution du journal limitaient le potentiel d’expansion de la zone de distribution de chaque journal; chaque ville ou chaque région avait ses propres publications (par exemple, Le Soleil à Québec, Le Droit en Outaouais et Le Nouvelliste à Trois-Rivières). En somme, il y avait de fortes barrières à l’entrée et les quelques entreprises capables de survivre jouissaient d’une situation oligopolistique.
De plus, ces entreprises jouissaient d’un public captif qui devait passer par ces « intermédiaires de l’information » pour savoir ce qui se passait dans les entreprises, dans la collectivité ou à l’Assemblée nationale. Au niveau national, les grands quotidiens se différenciaient par la « technicité » de leurs contenus : ce n’est pas à toute la population que s’adressait La Presse ou Le Devoir ou qui se satisfaisait du niveau du Journal de Montréal.
Le produit (l’information) n’étant pas physique, le contenant (par exemple, le papier pour les journaux) a très peu d’importance. Par conséquent, il a été possible de la communiquer autrement lorsque apparurent la radio et la télé. Même si l’apparition de ces nouveaux médias força l’industrie de la presse écrite à se repositionner, ces derniers purent coexister puisqu’ils avaient un rapport différent avec le temps. Comme l’explique Bruno Séguin dans son mémoire de maîtrise (1): « La radio annonce la nouvelle, la télé la montre et le quotidien la met en perspective ». En somme, ces « produits » informationnels ne répondaient pas aux mêmes modalités et donc, pas exactement aux mêmes besoins.
Aussi, la distribution commerciale était assez simple : si vous travailliez dans la presse, vous publiez un magazine ou un journal à une date précise et il était transporté aux points de vente et les personnes les achetaient. Si vous travailliez dans la télédiffusion (ou à la radio), vous diffusiez à un moment particulier et les personnes regardaient ou écoutaient.
Toutefois, une concurrence accrue (possibilité de s’informer dans différents médias [journal vs radio vs télé] ou dans différentes entreprises [TVA vs Radio-Canada vs TQS]) a un toujours un impact. Ainsi, afin d’assurer leur survie, les journaux se sont regroupés afin d’atteindre une taille leur permettant d’exploiter au maximum leurs économies d’échelle et de portée. Les deux graphiques suivants illustrent la concentration accrue dans les groupes de presse (2).
Ainsi, les marchés sur lesquels évoluaient les journaux ne sont d’ailleurs plus autant segmentés. Ceci est d’autant plus vrai que dans les années 90, lors d’une valse de fusions et acquisitions, les entreprises médiatiques ont diversifié leurs activités en acquérant des entreprises dans d’autres médiums. Par le fait même, elles ont pu vendre des offres publicitaires multiplateforme et réutiliser les mêmes contenus. C’est ce que l’on appelle la «propriété croisée». Une recherche menée par le Centre d’étude sur les médias de l’Université Laval (CEM) présentait quelques chiffres sur le sujet. Ils datent toutefois de 2002 (3).
Bien que l’on voit ici que Transcontinental est surtout actif dans les hebdomadaires régionaux (57,5%), il possède tout de même 12 % des lecteurs de quotidiens grâce à Metro Montréal. En effet, les derniers « joueurs » à être entré sur la scène des quotidiens « traditionnels », sont les gratuits. En fait, une autre étude du CEM, attribue à ces journaux la hausse de lecture de quotidiens dans la métropole québécoise (4).
Dans les faits, le triage n’est qu’un élément qui permet de mesurer la portée d’un journal. Ainsi, lorsqu’on s’attarde plutôt au nombre de lecteurs par quotidiens, on voit la force relative de chaque groupe de presse. Le graphique (5) à la page suivante en est l’illustration.
De plus, le tirage des quotidiens en chute libre au Québec. Dans les faits, depuis 1990, c’est une baisse de 1,1 millions d’exemplaires (6). L’étude du CEM souligne aussi que l’ensemble des quotidiens québécois vendent maintenant presque deux fois moins d’exemplaires par tranche de 1 000 personnes âgées de vingt ans et plus qu’au milieu des années 1960.
Finalement, le modèle d’affaires. Dans l’industrie traditionnelle, les sources de revenus potentielles sont triples : la vente, la publicité ou la revente à des tierces parties (comme le font les agences de presse). Pour des raisons de confidentialité, ni Statistiques Canada, ni l’Association canadienne des journaux ne divulguent le montant des revenus que les quotidiens québécois tirent individuellement de la vente de publicité. En fait, on sait que, ensemble, ils ont obtenu 792 millions de dollars des annonceurs en 2005 (petites annonces incluses). De plus, on sait que ces revenus étaient de 615 millions en 2001. Il y a donc eu une augmentation de 28,8 %, soit une croissance annuelle de 5,2 %. Par contre, les revenus provenant des abonnements et de la vente en kiosque stagnent depuis 2000. Ils atteignaient 170 millions en 2005 comparativement à 173 millions en 2000. Par ailleurs, la marge bénéficiaire de l’ensemble des titres est à la baisse, passant de 17,5 % en 2000 à 13,5 % en 2005.
Un autre modèle de financement est celui des contributions directes faites par des citoyens. Par conte, ceci est surtout le cas dans le cas d’organismes à but non lucratif ou, comme aux États-Unis, par de jeunes entreprises médiatiques qui ont été mises sur pied récemment par des journalistes licenciés.
Au début des années 2000, plusieurs journaux lancent des versions web : il fallait répondre à une obligation de présence. Dans un premier temps, ils offrent les mêmes contenus que leur version papier. Puis, au fur et à mesure, ils ont enrichi leur offre en offrant aux lecteurs/utilisateurs la possibilité de commenter les articles ou de les recommander à un ami ou collègue.
Comme Internet ne se caractérise pas par un type de communication (son, texte ou vidéo) d’autres entreprises de presse ont fait le saut et ont créé un portail web, augmentant ainsi la concurrence et la diversité de l’offre pour les lecteurs (7). Pour s’adapter, ces entreprises ont ajouté des contenus audio et vidéo. Pour certaines organisations de presses qui avaient déjà des chaînes d’information continue comme Radio-Canada ou TVA, la mise en ligne de ces contenus a été plus aisée. Par exemple, on retrouve plus de fichiers audio sur Radio-Canada que sur Canoë (le portail web du groupe Quebecor) justement parce que la société d’État faisait déjà de l’information radio.
De plus, certaines entreprises de presse écrite comme La Presse (du groupe Gesca) ont diversifié leur offre en ajoutant des contenus vidéo comme Webpresse et des éditos-vidéo. Aussi, certains sites ont mis des forums en ligne pour permettre aux lecteurs d’échanger sur le sujet et ont rendu leurs archives accessibles à partir de leur portail web. Finalement, certains organes de presse ont commencé à mettre en ligne des contenus envoyés par les internautes. Par contre, pour l’instant, à l’extérieur des sites de journalisme citoyen comme CentPapiers, ils sont très peu à le faire.
Parallèlement, la presse en ligne a ainsi progressivement pris ses distances avec quelques principes fondamentaux du journalisme traditionnel en mettant au même niveau de lecture, par exemple, l’information et l’opinion, le contenu longuement travaillé (souvent destiné originellement à l’édition papier) et les dépêches, le travail produit de l’équipe de journalistes et les contributions envoyées par les lecteurs.
En soi, ces changements dans les pratiques journalistiques ne sont pas néfastes puisqu’ils répondent aux besoins de plus d’interactivité exprimés par les lecteurs passifs devenus utilisateurs actifs. Par contre, cette nouvelle tendance est problématique parce que comme le souligne le Report on the future of the News Media « même si les journaux ont amélioré leur offre Internet pour rester compétitifs dans un marché opérant 24 heures par jour 7 jours par semaine, et ont ajouté des options interactives (ce qui a eu comme conséquence d’augmenter le trafic vers leur site et incité quelques lecteurs à rester plus longtemps sur leur site Internet), l’industrie n’engrange pas encore suffisamment de revenus pour financer la création de ce contenu » (8).
En fait, l’acte de mettre en ligne est un acte de diffusion, ce qui fait en sorte que les journalistes n’ont plus le monopole de l’information. Les lecteurs ont donc la possibilité d’aller à la source (site des entreprises ou du gouvernent) et de sortir les sites d’information en ligne de l’équation. En bref, comme le souligne Paul Bradshaw sur son blogue, nous sommes passés :
• D’un monde où l’information était rare à un mode où elle est surabondante;
• D’un monde où les gouvernements et les compagnies avaient besoin de l’industrie de la presse pour diffuser leur information, à un monde où ils peuvent le faire eux-mêmes;
• D’un monde où le public avait besoin de l’industrie de la presse pour de l’information à un monde où ils peuvent y avoir accès (et la produire) seuls (9).
Ainsi, l’augmentation de l’offre a dévalué la valeur des nouvelles. De plus, les lecteurs sont plus volatiles puisqu’il suffit d’un clic pour que l’internaute délaisse le journal en ligne et se dirige vers un autre site.
Le modèle d’affaires
Les sites d’information en ligne ont testé différents modèles d’affaires (gratuit, payant, semi-payant), mais pour l’instant, aucun d’entre eux ne semble apporter une solution idéale (10). Ceci est problématique parce que l’autosuffisance financière des sites d’information en ligne est primordiale, car c’est sur ce support que se trouvent les futurs consommateurs (en 2005, un peu moins de 66% des Canadiens qui utilisaient Internet à domicile ont déclaré le faire pour s’y informer des nouvelles ou des sports).(11)
Il faut aussi souligner que les « murs » autour du contenu ne fonctionnent pas, notamment parce que l’Internaute peut trouver du contenu similaire chez un concurrent. S’appuyant sur les récents exemples du New York Times et du Wall Street Journal, Bradshaw affirme même que ces murs peuvent jouer contre votre principale source de revenus – la publicité. En effet, le New York Times et le Wall Street Journal ont mis fin à leurs services d’abonnement en ligne, même si, dans le premier cas, celui-ci comptait 200 000 utilisateurs qui payaient 50 $ par année et que, dans le second, 700 000 utilisateurs payaient 100 $ par année (12). Ils espèrent pouvoir compenser cette perte de revenus pas une hausse du nombre de lecteurs.
Même si l’exemple n’est pas parfait, on peut comparer les deux modèles d’affaires en se basant sur deux publications québécoises : La Presse et Le Devoir. Il est à noter que le portail web de La Presse (cyberpresse.ca) est mis à jour constamment tandis que le site Internet du Devoir (Ledevoir.com) n’est qu’une copie de la version papier avec certains articles sous accès protégé.
Fred Wilson (14) a une explication intéressante sur la difficulté d’avoir des abonnements dans les sites d’information en ligne : il faut que les lecteurs comprennent pourquoi ils devraient pour le contenu qui est protégé. D’ailleurs, ce modèle a déjà été éprouvé avec d’autres services Internet : par exemple, des boîtes de courriels gratuit, mais de l’espace supplémentaire payant; des appels téléphoniques gratuits d’ordinateur à ordinateur, mais payant d’ordinateur à téléphone. Dans le cas des journaux en ligne, souvent, pour le lecteur, l’information semble être retenue de manière arbitraire.
Bref, la publicité est encore plus centrale sur Internet. Par contre, encore ici, le modèle d’affaires n’est pas parfait : comme le souligne Bradshaw, les lecteurs en ligne valent entre 36 et 55 % des lecteurs traditionnels et les médias ne peuvent plus garantir à quelles publicités s’exposent les lecteurs. Pourquoi? D’abord, parce que le marché publicitaire est très différent : la concurrence est plus féroce, les moteurs de recherches accaparent un grosse part des revenus publicitaires et les sites d’information en ligne ne sont plus qu’un type de site Internet parmi des centaines d’autres. Le dernier bilan du centre de recherche Pew sur la santé de l’industrie des médias nous donne un aperçu de ces changements.
(15)
Il y a un autre élément qui rend plus difficile la mise en place d’un modèle d’affaire en ligne : la possibilité de lire les informations sans être exposé aux nouvelles qui les financent. En effet, comme l’information est hautement reproductible, les lecteurs peuvent avoir accès au contenu grâce à des lecteurs de RSS, des services de moteurs de recherche (comme Google News), et des portails web (comme Yahoo!). Ce qui fait dire à Paul Bradshaw que, contrairement au « journal papier » où les publicités font partie de la mise en page et seront vues par n’importe quelle personne ramassant le journal (qu’il l’ait payé ou non), sur Internet, les publicités peuvent et seront dissociées de leur texte d’origine.
À l’heure actuelle, le modèle d’affaires des sites d’information en ligne reste donc une question en suspend.
Les nouveaux entrants
Sur ce nouveau marché qu’est Internet, il n’existe ni barrière à l’entrée qui permettrait à une entreprise d’interdire l’accès au marché ni aucune barrière à la sortie permettant de retenir l’audience. Le faible coût de création d’un site Internet (grâce aux CMS, notamment et à la disparition des éléments physiques du processus de distribution) fait en sorte que plusieurs personnes peuvent produire des nouvelles, écrire des chroniques ou publier des photos à partir de leur chambre à coucher. Bref, à première vue, nous pourrions penser que nous sommes confrontés à une situation de concurrence pure et parfaite. Ceci n’est pas tout à fait vrai, il reste quelques barrières (comme la langue), elles ont tout simplement changé de nature. Le diagramme des forces de Porter présente ces changements.
Ainsi, sur ce nouveau marché, deux nouveaux joueurs ont fait leur apparition (les blogues et les sites de « journalisme-citoyen ») en plus de nouvelles sources (podcasts et vidéocasts) où les internautes peuvent trouver des informations qui ont la valeur de « nouvelles » même si elles ne sont pas présentées comme telles.
Revenons sur les nouveaux joueurs. Comme le souligne Jan Schmidt dans son texte Blogging Practices: An Analytical Framework, bien que les blogues aient débuté comme une forme de « journal intime en ligne », leur format (des billets en chronologie inversée) ne détermine pas le contenu. Ceci a donc permis l’apparition de plusieurs types de blogues. Évidemment, le fait qu’il est possible de trouver différents types de sites Internet sous le même mot « Blog », rend plus difficile l’analyse de leur présence et de leur impact. Toutefois, leur importance est indéniable : selon des chiffres avancés par un groupe de recherche du Sénat français, le nombre de blogues dans le monde est en explosion : il est passé de 5,4 millions en 2004 à 63,1 millions en 2006 (16).
En ce qui concerne leur impact, il faut mettre quelques bémols. Jusqu’à maintenant, la majorité des blogues qui parlent de sujets d’actualités ne font que reprendre des nouvelles provenant des entreprises de la presse « traditionnelle ». Ainsi, le seul risque qu’ils posent est que les internautes lisent leurs nouvelles par le biais de ces blogues. Dans les faits, cela est improbable puisque les « blogueurs » commentent la nouvelle plutôt que la rapportent. Par contre, certains d’entre eux sont des experts dans leur domaine et produisent donc du contenu suffisamment pertinent pour concurrencer les sites d’information en ligne dans certaines sections. Par exemple, aux Etats-Unis, lorsqu’un consommateur veut s’informer sur le tout dernier lecteur MP3 de Microsoft, il n’ira pas dans la section Technologie du New York Times, mais plutôt sur Gizmondo ou Engaget. Par contre, rare sont les blogues qui entrent en compétition directe avec les médias traditionnels en ayant une offre aussi variée. Le HuffingtonPost.com est une exception notable. Par contre, elle a plusieurs lacunes, notamment de ne pas toujours pouvoir offrir la même qualité qu’un journal comme le New York Times.
Dans le rapport du Sénat français sur les nouveaux médias et la presse on explique que « la force du blogue est à la fois de recueillir de l’information et de la diffuser. Il est par conséquent susceptible de jouer le rôle de support d’opinion et de médiation sociale (17)». Ainsi, à long terme, il est même susceptible de concurrencer la presse une de ses fonctions essentielles.
Les « journaux-citoyens » sont l’autre nouveau joueur. Dans les faits, ils adoptent une division similaire à celle des journaux traditionnels (actualités, économie, style de vie, etc). Par contre, ils sont rédigés entièrement par des citoyens. L’équipe éditoriale n’effectue aucun contrôle sur le contenu (les auteurs étant les seuls responsables de leurs textes) et tâchent surtout de s’assurer de la bonne qualité des textes avant qu’ils ne soient publiés. Par conséquent, les sujets touchés sont plus variés et plus proches du quotidien de leurs auteurs. Généralement, ces sites sont prisés par les individus désabusés par les « médias de masse » parce qu’ils considèrent que ces derniers ne parlent de sujets qu’ils considèrent comme important ou parce qu’ils ne couvrent pas tous les angles à leurs yeux. Deux exemples québécois sont Centpapiers et l’Agence de presse étudiante mondiale (APEM).
Malgré ce portrait somme toute pessimiste, les sites d’information en ligne ont encore une marge de manœuvre. En effet, même s’il n’existe presque aucune barrière à l’entrée technique ou financière, de nouvelles contraintes sont apparues, limitant la menace posée par les millions des nouveaux concurrents potentiels : les connaissances et la capacité de produire continuellement du contenu de qualité.
En effet, comme nous l’avions mentionné plus tôt, nous sommes passés d’un monde où l’information était rare à un monde où elle est surabondante. Par contre, comme l’atteste les chiffres du Report on the Future of the News Media, le consommateur moyen, n’étant pas capable de gérer cette surabondance, se rabat sur les sites Internet des organes de presse traditionnels ou de compagnies Internet bien connues.
Ainsi, la marque devient une nouvelle valeur sure et seules les quelques organisations qui seront capables de se doter de marques distinctives et reconnues deviendront des concurrents sérieux. Dans le cas des États-Unis, on pense au HuffingtonPost.com, à TechCruch ou à Gizmondo.
Utiliser les portails et les engins de recherche
Comme on peut le voir ici, sur Internet, plusieurs nouveaux « distributeurs » ne produisent pas le contenu qu’elles présentent c’est le cas de Yahoo ! ou de Google. Face à cette situation, les entreprises de presse peuvent réagir de deux manières : d’abord, en se disant que cela augmente leur visibilité et leur crédibilité ou, comme il s’agit de compagnies importantes qui ont des moyens considérables, de les faire payer pour le contenu. De toute évidence, c’est la deuxième option qui s’impose.
On a fait grand cas de la poursuite de Copiepresse (regroupement d’entreprise de presse belge) contre Google, notamment à cause de la victoire des médias traditionnels. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il existe déjà des ententes entre engins de recherche et portails avec les compagnies de presses. C’est notamment le cas de Yahoo ! qui est partenaire de plusieurs compagnies de presse américaines. Cette entente, signée en novembre 2006 (19), regroupait 176 quotidiens américains appartenant à différents groupes de presse (MediaNews Group, Hearst, Belo, E. W. Scripps, the Journal Register Company, Lee Enterprises and Cox Enterprises). Dans cette entente, Yahoo ! gère les publicités en ligne de ces compagnies, ainsi que les petites annonces et elle utiliser les sur son portail de nouvelles. Les compagnies y voient un moyen d’augmenter leurs revenus publicitaires en ligne ainsi que leur visibilité. En avril 2007, l’entente a été élargie et compte maintenant 264 journaux. Google, pour sa part, a une entente similaire avec 50 journaux, notamment le New York Times et le Chicago Tribune (20).
Une organisation similaire, QuadrantOne, regroupant plusieurs groupes de presse américain de premier plan (Tribune Company • Gannett Co. Inc. • The Hearst Corporation • The New York Times Company) a été formée récemment. Encore une fois, l’idée est de créer une centrale publicitaire avec plusieurs points de distribution sur des marchés régionaux. Il s’agit d’offrir aux journaux régionaux la possibilité d’avoir accès à des annonceurs nationaux sans avoir à les contacter directement.
Le cas de Google News est moins reluisant. En effet, n’ayant pas signé d’entente avec les éditeurs et les producteurs de contenu, ce dernier s’exposait à des poursuites. C’est en effet ce qui se passa avec le cas Copiepresse contre Google. L’objectif central de la poursuite était d’obtenir une plus grande part de contrôle sur quel contenu était affiché et selon quelles modalités. Ainsi, suite à son gain, l’organisme a développé un nouveau modèle de gestion des contenus pour les moteurs de recherche : le ACAP (Automated content access protocol). Ce protocole propose de nouvelles balises qui intégrées dans les pages web et reconnues par les moteurs de recherche, devraient permettre aux éditeurs de décider quels contenus seront accessibles et selon quelles modalités (gratuit, payant, accès partiel, etc.). Aux dernières nouvelles, Google acceptait de se soumettre à ce nouveau protocole de gestion.
Monnayer le contenu hors de son contenant
Puisque le nouveau modèle économique des entreprises de presse en ligne est fortement basé sur la publicité, les agrégateurs (plus communément appelés RSS) sont une autre menace puisqu’ils rendent possible la lecture de contenus sans être exposé à des publicités. Une solution serait, notamment, d’intégrer de la publicité au RSS comme le propose FeedforAll ou Pheedo .
Un autre problème survient lorsqu’un lecteur envoie une copie d’un article à ses amis ou le reprend pour le mettre sur son blogue. Encore une fois, le contenu est consommé, mais, pour le producteur, il n’est pas rentabilisé. La solution est assez simple : faire en sorte que le nouveau lecteur revienne sur le site Internet (en ne rendant disponible que le lien) ou associer des publicités à l’article envoyé. Certaines entreprises de gestion de droit proposent déjà de tels services. iCopyright, qui fait affaire avec des agences de presse comme AP et AFP, est un exemple. Ces solutions sont intéressantes, car comme le révèle le Report on the Future of the News Media, les publicités en ligne sont acceptées par les lecteurs. Par conséquent, leur inclusion ne se traduira pas par une baisse du lectorat.
La distribution à l’ère du Web
Dans les médias traditionnels, il existait deux types de relations de distribution entre le consommateur et le producteur : pousser et tirer. Selon Paul Bradshaw, aujourd’hui, il en existe une troisième : passer . Dans les faits, ce triptyque (tirer, pousser et passer) fait référence au comportement du consommateur de nouvelles. En effet, on dit qu’il « tire » lorsqu’il va chercher l’information (par exemple, lorsqu’il prend un journal), qu’on lui « pousse » de l’information lorsqu’on lui impose les sujets (lorsqu’il regarde le téléjournal ou écoute la radio). La troisième dimension est celle qui prend tout son sens à l’ère d’Internet puisqu’elle est grandement facilitée : le lecteur peut maintenant « passer » la nouvelle lorsqu’il l’envoie par courriel à un ami, la recommande à un collègue, lorsqu’il vote, etc.
Ce dernier mécanisme est très important parce qu’il peut grandement contribuer à faire augmenter la visibilité d’une nouvelle. De plus, tant que le lien est fait vers la page, faciliter cette « dissémination » de l’information est bénéfique puisqu’elle augmente le trafic. Pour survivre dans le nouveau monde des sites d’information en ligne, selon Bradshaw, il faut passer « des nouvelles qui se vendent à des nouvelles qui bougent, qui sont utiles, distinctes, spécifiques, des nouvelles qui nous interpellent (21)». De plus, comme nous avons pu le voir jusqu’à maintenant, la valeur monétaire des nouvelles est en chute libre. Par contre, ce dernier type de distribution exploite une nouvelle dynamique qui devient sans cesse plus importante sur l’Internet : la valeur sociale. En effet, les internautes seront plus enclins à se rendre sur votre site et à y consacrer du temps si c’est un ami qui l’a recommandé. De plus, ces différentes dimensions peuvent être réinterprétées pour l’ère du numérique.
Tirer – Toutes les actions où l’on demande d’obtenir une information spécifique. Il y a un changement significatif à prendre en compte dans un environnement en ligne : ce n’est pas l’ensemble du journal qui est distribué, c’est chaque page individuelle. Il y a une exception notable, le journal en PDF. Par contre, jusqu’à maintenant ce support n’a pas été un succès. Il faut donc s’assurer de faire des liens internes pour que l’internaute poursuive sa navigation sur le site.
Pousser – Sur Internet, cet aspect est grandement réduit. Un des seuls éléments à encore « pousser » de l’information au lecteur est la page d’accueil. Toutefois, il y a différentes manières de la construire. Il faut y réfléchir pour la rendre attrayante à ses lecteurs. Par exemple, elle peut témoigner d’un choix éditorial (ce que le journal considère être des nouvelles importantes), être mise à jour continuellement pour copier le déroulement des événements, être le résultat de l’ agrégation de millions de fils RSS ou de l’activité des lecteurs. La dernière dimension – passer – a déjà été détaillé.
Finalement, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une bonne stratégie de distribution, c’est d’être où sont vos lecteurs. Et comme ils sont mobiles, il faut commencer à considérer les nouvelles comme un service. Ainsi, les RSS et les courriels sont une manière d’adapter le message pour que chaque utilisateur ne reçoivent que de l’information qu’il considère comme utile. De plus, à partir d’un certain niveau de personnalisation, il serait possible de les faire payer. Le Guardian et le New Yok Times offrent déjà une vaste sélection de services de nouvelles par courriel.
Le nouveau journalisme
Nous sommes aujourd’hui dans un monde où l’information est surabondante, où les compagnies et les gouvernements peuvent diffuser eux-mêmes leurs informations et où le public est libre d’aller chercher l’information où elle le désire et peut même en produire. Dans un tel environnement, les journalistes ne peuvent plus justifier leur rôle d’intermédiaire entre la source et le consommateur. Le rôle du « nouveau » journaliste est d’être au-dessus du contenu. Qu’est-ce que cela veut dire?
Que le journaliste deviendra plutôt un chef de pupitre et qu’il devra collationner , synthétiser et vérifier les textes qui lui sont transmis, où qu’il trouve sur la blogosphère. Paul Bradshaw présente aussi d’autres tâches que le nouveau journaliste web (ou distributif, comme il l’appelle) devrait accomplir : interroger les sources de manière plus insistante, remettre en question plus souvent, et faire des enquêtes sur des histoires qui ne sont pas racontées. Par contre, ici, rien de nouveau en ce qui concerne la pratique journalistique.
Selon nous, le propos de Michel Nadeau (22) sur la question est beaucoup plus éclairant : selon lui, même si « les citoyens bâtissent eux-mêmes leurs médias et des réseaux à la hauteur de leurs intérêts; le web ne fournira jamais le jugement nécessaire pour évaluer et classifier cette mer d’information. Des experts seront nécessaires pour faire des liens entre des faits, pour apporter une solide crédibilité derrière certains propos. »Ainsi, même si les lecteurs peuvent produire de l’opinion, de l’analyse et même faire des reportages, il auront toujours besoin d’experts pour valider les informations et les aider à naviguer à travers tout ce contenu.
Dans les faits, les journalistes devront alors développer des compétences de gestion de groupes, rassembler les meilleurs billets de blogueurs, trouver les sources, mettre en place lites de RSS à suivre, gérer les propositions de citoyens et les systèmes de collaboration. D’une certaine manière, cette idée de « journalisme distributif » de Bradshaw n’est qu’une extension du travail journalistique habituel. Par contre, l’Internet offre la possibilité au travailleur de l’information d’aller beaucoup plus loin. Voici comme se décompose son modèle :
Le cerveau : il s’agit d’experts auxquels se réfèrent traditionnellement les journalistes. Par contre, il est possible de trouver des experts, même si ces derniers n’en ont pas le titre. Ils peuvent poser un regard original sur un événement et soulever des points importants. De plus, ils sont peut-être devenus experts en travaillant longtemps dans un domaine. Le nouveau journaliste doit rester en contact avec ces experts, s’abonner à leurs fils RSS, les citer lorsqu’ils interviennent de manière pertinente et demander leurs passer des commandes lorsqu’une analyse est nécessaire.
De plus, comme ces gens ne sont pas nécessairement des universitaires avec un cadre de penser particulier ou des experts directement affilier à un groupe, leurs analyses se distingueront de celles des « experts » traditionnels. De plus, en sollicitant leur appui, en référant leurs internautes vers leurs blogues, ils les fidélisent et les rendent prompts à vous rendre la pareille.
La voix sait écrire, mais elle n’a pas d’expertise particulière. Elle peut rendre l’information attrayante à de vastes publics et donner une teinte particulière aux nouvelles. Il faut les identifier et, parfois, même les intégrer dans l’entreprise. Encore une fois, échanger régulièrement avec eux peut être intéressant parce qu’elle référera ses lecteurs à votre site.
L’oreille est celui qui sait ce qui se passe dans une communauté particulière ou dans un champ d’intérêt. De plus, souvent, ils ont des blogues ou des comptes Twitter. En s’abonnant à ceux-ci, il est possible d’avoir les scoops avant d’autres.
Dans un second temps, il peut être intéressant de mettre en place des systèmes permettant aux internautes (et autres types d’intervenants) de soumettre du matériel à l’entreprise.
Le journaliste accidentel est la personne qui « tombe sur une histoire ». Par exemple, un homme filme le ciel et soudainement deux avions entrent en collision. Pour que l’entreprise soit la première à recevoir les images, des systèmes de soumission sont de mise. De plus, des guides de rémunération pour les personnes soumettant des images ou des vidéos peuvent augmenter la probabilité que votre entreprise soit celle qui reçoit les images en premier. Aussi, il peut être intéressant d’entraîner la communauté à identifier les événements pouvant faire les nouvelles et leur apprendre à produire du contenu de qualité. Ainsi, ils penseront à votre organisation puisque c’est vous qui leur avez appris comment faire.
Le rehausseur est une personne qui est bonne en grammaire ou connaît beaucoup d’information factuelle. Il corrige les erreurs, annote et ajoute de l’information. En somme, il augmente la valeur de la nouvelle.
Ensuite, le technicien est celui qui prend les nouvelles et les classifient ou prend des informations brutes et réutilise de manière intéressante (par exemple, en les taggant sur Google Maps). Il crée une API pour Facebook, un RSS spécialisé ou fait des suggestions. Ainsi, il peut présenter l’information de manière créative et donner de la valeur à la nouvelle. Par contre, pour cela, il faut ouvrir le système pour qu’ils puissent faire des mash-up, rendre des attributs accessibles et leur fournir du support. Les « mash-up » requièrent une culture de l’ouverture et de la collaboration avec des personnes à l’extérieur de l’organisation en plus de la viabilité technique des RSS, APIs, etc. Par contre, les bénéfices potentiels en termes de nouveaux services, applications et lecteurs, sont énormes.
Finalement, la foule ou ce qu’on appelle en anglais le « crowdsourcing ». L’idée centrale est d’impliquer des utilisateurs dans le processus de collecte de données. Selon Bradshaw, il y a 2 types de « crowdsourcing » : celui qui essaie de tirer bénéfice d’expertise diverse (ingénieur, insider, comptable) ou de l’expérience de certains utilisateurs et celui qui veut aller chercher une force de travail énorme. Dans cette deuxième situation, chaque personne exécute une petite tâche comme passer au travers d’une masse d’information, faire des requêtes, etc. Leur aide permet au journaliste d’aller beaucoup plus loin dans l’analyse de certaines informations.
Le journalisme distributif implique donc de mettre de côté des concepts passéistes comme le contrôle et le contenu pour en mettre un autre de l’avant (la communauté) et de tirer les bénéfices de devenir le centre d’un « hub » Internet. C’est aussi comprendre que le web est un endroit, pas une destination.
Différents modèles
Le modèle de financement des sites d’information en ligne n’est pas encore tout à fait établi. Par contre, ce qui est sûr c’est que sur Internet, les entreprises ont la vie plus dure que les organismes à but non lucratif. Pourquoi ? Parce que comme les nouvelles valeurs qui priment sur le Web sont sociales, les utilisateurs sont plus enclins à appuyer des entreprises en démarrage ou des organismes à but lucratif. Néanmoins, voici quelques modèles d’entreprises.
Le journal collaboratif – OhmyNews
Un premier modèle est celui du «journal collaboratif» en ce sens qu’il est partiellement produit par des collaborateurs. À l’heure actuelle, l’exemple par excellence semble être le site d’information en ligne coréen, OhmyNews. D’abord, il faut savoir que dans ce modèle, le mode de livraison dominant est le Web. Une version papier n’est pas exclue, mais elle est produite a posteriori et à une fréquence moins élevée (hebdomadaire ou bi-mensuel). Dans le cas d’OhmyNews, lorsque les créateurs parlent de la version papier, il la désigne comme un « Offline internet dépendent Newspaper » c’est-à-dire un journal hors ligne qui dépend de l’Internet pour son contenu (23).
Ensuite, le site d’information utilise régulièrement des collaborateurs non professionnels. Ces derniers couvrent des sujets qui les touchent plus directement tandis que les « reporters » traditionnels de la compagnie s’occupent des sujets importants qui doivent être couvert avec plus d’objectivité. Une des conséquences de l’usage de collaborateurs est que le journal traite de sujets qui ne sont pas traditionnellement couverts parce que les personnes intéressées produisent le contenu, sans demander de contribution financière en retour. Ainsi, malgré son petitesse de son personnel 60 personnes (dont 35 reporters), OhmyNews peut soutenir le rythme de grandes organisations de presse nationales en publiant de 150 à 200 articles par jour. Au départ, OhmyNews ne comptait que 727 collaborateurs, quatre ans plus tard, ils sont 34 000. Voici un détail de leur progression :
Par contre, il ne faut pas croire que n’importe qui peut écrire sur le site internet de l’organisation : seulement deux groupes peuvent le faire c’est-à-dire les reporters et les journalistes citoyens. D’ailleurs, ces derniers doivent fournir des informations personnelles et souscrire à un code d’éthique et de règles journalistique avant d’être publiés. Aussi, après qu’ils aient soumis leurs articles, il n’est pas rare que des journalistes les appellent pour obtenir des clarifications ou demander que certains passages soient retravaillés. Ensuite, classifient les articles en deux catégories : les « kindling » — qui sont endossés, rémunérés, et placés sur les premières pages du journal et les « rare species » qui sont des collaborations non rémunérées, qui peuvent être obtenir beaucoup de visibilité, mais pour lesquels le journal n’est pas tenu responsable.
L’organisation a aussi un rôle social de premier plan : il est impliqué dans plusieurs activités à l’extérieur de la sphère journalistique pour encourager la participation citoyenne. Des colloques, des forums citoyens, etc. ainsi que des cours donnés à des citoyens pour qu’ils améliorent leurs compétences journalistiques. Ceci augmente l’appréciation du journal au sein de la communauté. D’ailleurs, une source de revenus pour le journal sont les abonnements volontaires c’est-à-dire des sommes versées volontairement par des individus au journal, il ne reçoivent pas un meilleur service, seulement la satisfaction de soutenir une organisation qui leur tient à cœur. En 2004, ces abonnements volontaires représentaient 300 000 $ de plus dans les coffres de l’organisation. En plus des contributions volontaires, la source de revenus principale est la publicité. En avril 2004, le site avait 2.2 millions de visiteurs uniques.
Une telle structure a plusieurs avantages : aucun coût de distribution physique ou d’impression, réduction des coûts de main-d’œuvre et, par conséquent, abaissement du seuil de rentabilité. D’ailleurs, OhmyNews est devenu profitable en 2003.
Il existe aussi un autre type de modèle : la collaboration entre journaux traditionnels et journaux-citoyens. C’est notamment le type d’entente qu’à CentPapiers et l’Humanité. En effet, l’Humanité a pu diversifier son offre en allant chercher des articles dans Centpapiers tandis que ce dernier a augmenté sa visibilité et sa crédibilité. Pour l’instant, cette entente semble être profitable à l’Humanité puisque les artciles de Centpapiers se retrouvent directement sur son site Internet. Les revenus publictaires reviennent donc à cette dernière. Par contre, à long terme, ce modèle n’est pas nécessairement viable puisque même si les gens sont prêts à donner le fruit de leur travail à des organismes en émergence ou à but non lucratif, ils ne sont pas nécessairement enclin à laisser d’anciennes organisation de presse faire des profits grâce à leurs articles. À terme, un partage plus équitable des revenus générés devra être négocié.
Le réseau de blogues – Wired.com
Le second modèle est le réseau de blogues. Aux Etats-Unis, plusieurs blogues ont démontré leur viabilité financière : ils ont suffisamment de pages lues pour attitrer de gros publicitaires et même engager du personnel. De plus, le blogue est très bien adapté à la nouvelle réalité de la presse sur Internet : toujours à jour et il s’adresse à des publics nichés. Par contre, pour l’instant, aucun (ou très peu) de blogues sont capables d’avoir une offre aussi diversifiée que les journaux traditionnels. Il s’agit donc surtout d’une concurrence sectorielle.
À l’heure actuelle, plusieurs blogues font des rondes de financement pour accroître leur force et améliorer la qualité de leur contenu. Pour Micheal Arrington, auteur de TechCrunch un blogue technologique de première importance, il s’agit là d’une erreur. Selon lui, la « blogosphère » est un écosystème qui permet à des personnes de talent de se tailler une place pourvu qu’ils proposent du contenu original et s’allient avec de plus gros joueurs. En ayant recours à des investisseurs, ces les blogueurs limitent leur créativité et leur marge de manœuvre puisqu’ils se soumettent à une logique de croissance et de retour sur investissement pour les investisseurs. Si les blogues mettaient leurs ressources en commun, ils pourraient concurrencer des grandes organisations de presse puisque la nouvelle entité seraient capable de couvrir des sujets aussi varié et de soutenir le rythme de publication.
Par contre, même si cette formule est destinée à permettre aux blogues de concurrencer les médias traditionnels, ces derniers peuvent l’utiliser aussi . Par exemple, le magazine technologique Wired opèrent un site Internet Wired News qui opère comme un réseau de blogues. Ainsi, il y a plusieurs journalistes attitrés à chaque blogues et ces derniers couvrent un aspect de la «société numérique». Ainsi, certains sont centrés sur les applications Internet, d’autres sur Silicon Valley ou encore sur les innovations dans l’industrie automobile. La page principale est mise à jour régulièrement pour présenter les derniers billets. Cette formule offre de la flexibilité, de l’interactivité et de la rapidité à bas prix puisque toutes ces fonctions font partie de l’essence même du blogue. Il n’est donc pas nécessaire d’ajouter des fonctions supplémentaires à un site Internet déjà lourd. De plus, en augmentant le nombre de blogues, il est possible d’additionner des publics spécifiques plutôt que d’essayer d’atteindre un juste milieu qui intéresse le plus grand nombre de personnes.
Le journal multimédia – Cyberpresse.ca
Une dernière alternative, qui a déjà été explorée, mais qui n’a pas encore été exploitée à son plein potentiel est le journal multimédia. Jusqu’à maintenant, c’est le modèle qui a été adopté par la grande majorité des sites d’information en ligne. La raison est simple : au début, il s’agissait de reprendre du contenu pour le transporter dans ce nouveau médium qu’est Internet. Tel que mentionné plus haut, Internet ne se caractérise pas par un type de relation (lue, vue ou entendue), mais bien par un mélange entre chacun d’entre eux. Ainsi, pour l’instant, aucune entreprise ne semble avoir découvert le nouveau langage web, ce qui fait que l’ajout de nouveaux types d’information tient plutôt de la multiplication que de la complémentarité. Celui qui trouvera le juste milieu pourra proposer aux utilisateurs une expérience unique qui les incitera à venir (et à rester) sur le site Internet. L’idée n’est donc plus de «savoir ce qui se passe», mais de savoir comment l’information est organisée. En somme, un fil RSS peut être une bien jolie chose, mais jamais ce médium ne supplantera une présentation plus interactive.
Une présentation réellement adaptée au médium tirerait réellement avantage de chaque élément. Par exemple, la vidéo pourrait présenter l’information de manière brute (des images d’un événement ou un discours) tandis que le texte, plus approprié pour aller au fond de la question et présenter les concepts, mettrait en perspective. De plus, en parallèle, une application interactive pourrait situer l’événement sur une carte ou montrer les pourcentages de votes par région s’il s’agissait d’une élection, par exemple. Il serait même possible de placer la nouvelle sur un axe chronologique qui renverrait à d’autres articles traitant du même sujet avant ou après. Finalement, Une fragmentation des composantes des pages web pourrait permettre la réutilisation d’anciens éléments comme des tableaux, des extraits audio, etc. En fait, chaque page deviendrait un « patchwork » d’informations. En somme, ceci permettrait d’augmenter le temps passé par les internautes sur le site Internet et donc d’augmenter les revenus publicitaires.
Ce modèle comporte quelques désavantages importants : seules quelques organisations sont capables de produire ce type de contenu et le fort coût de production de ces informations ne sera pas nécessairement couvert par l’augmentation des revenus publicitaires.
À l’heure actuelle, l’avenir de la presse est encore en suspend : son public migre vers l’Internet tandis que les modèles économiques sur ce médium ne sont pas encore éprouvés. Les trois modèles présentés sont des pistes de solution, mais ils ne sont pas une panacée puisqu’ils ne garantissent pas que les entreprises pourront rentabiliser leurs activités. Il existe par contre quelques principes qu’il faut prendre en compte à tout prix : sur Internet, la valeur sociale est dominante. Ce que les gens veulent, c’est faire partie du groupe. Les entreprises de presse doivent comprendre ce changement de paradigme si elles veulent survivre parce que d’autres sont déjà en train de suivre ce précepte notamment les journaux citoyens ou des journaux Internet comme le Huffingtonpost.com. En somme, ils doivent tenter de revenir à leurs racines : c’est-à-dire être une caisse de résonance pour la société, et se placer au centre des flux de la toile. Ainsi, ils garderont leur pertinence et pourront continuer de jouer le rôle social qui leur est dévolu depuis des années.
Références
1 – Bruno Séguin, pages 27-34 – HEC Montreal, Medias et mondialisation : analyse de l’internationalisation des firmes de presse écrite.
2 – Centre d’études des médias. Université Laval. La presse quotidienne. En ligne.
3 – Centre d’étude sur les médias. La propriété croisée des médias dans les marchés francophone et anglophone de Montréal et dans le marché de Vancouver. Rapport remis au comité sénatorial permanent des transports et des communications. Novembre 2003.
4 – Idem.
5 -CEM, loc. cit.
6 – Idem.
7 -Club Sénat. Rapport 2007. Les nouveaux supports d’opinion – le livre, la presse et les médias audiovisuels à l’heure des réseau. En ligne. Consulté le 25 mars.
8 – Project for excellence in Journalism. The State of the Future of the News Media. En ligne. . Consulté le 30 mars.
9 – Paul Bardshaw. Online journalism blog. En ligne.
10 – Ministère de la culture et des communications. France. La presse au défi du numérique. 2007.
11 – Enquête canadienne sur l’utilisation d’Internet. En ligne. Consulté le 30 mars.
12 – State of the Future of the News Media 2008. Op. cit.
13 – comScore. Analyse comparative. En ligne.
14 – Fred Wilson. A-VC. En ligne
15 – Future of the News Media 2008. Recipients of Online Advertising Dollars. En ligne.
16 – Club Séant. Id.
17 – Id.
18 – comScore Media Metrix – top online news sites – http://www.stateofthenewsmedia.org/2008/
19 – http://www.nytimes.com/2006/11/20/technology/20yahoo.html?fta=y
20 – http://www.nytimes.com/2007/04/17/technology/17search.html
21 – Online journalism blog. News distribution in a new media world. En ligne.
22 – Michel Nadeau. Les enjeux de la migration vers Internet. En ligne. . Consulté le 15 mars.
23 – Eun-Gyoo Kim et James W. Hamilton . Capitulation to capital? OhmyNews as alternative media. Media Culture Society 28 : 541.







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